17/01/2005

pov babylone..
















LONDRES (AFP) - La cité antique de Babylone, en Irak, a subi des "dégâts substantiels" causés par la présence des armées américaine et polonaise qui en ont fait un camp militaire, a dénoncé samedi le British Museum.
"Babylone est l'un des plus importants sites archéologiques dans le monde et les dégâts causés par le camp militaire sont un coup supplémentaire à l'héritage culturel irakien", a affirmé John Curtis, conservateur du département du Proche-Orient ancien du célèbre musée britannique, dans un rapport établi après s'être rendu sur place à la mi-décembre.
L'archéoloque, qui fait autorité en matière de sites archéologiques irakiens, explique que des tranchées ont été creusées et que certains pavés datant du 6ème siècle avant Jésus-Christ ont été endommagés par les déplacements des véhicules militaires.Dans la terre retournée, il a pu observer des éléments de poterie, y compris un vase entier, des os et des fragments de briques avec des inscriptions cunéiformes.
"C'est comme si on avait établi un camp militaire autour des Grandes Pyramides en Egypte", a-t-il jugé.
Or, rappelle-t-il, Babylone, où Alexandre le Grand fut enterré, est célèbre pour avoir abrité les "jardins suspendus", l'une des sept merveilles du monde antique, construits sous le règne de Nabuchodonosor (604-562 av J.C.).

Réagissant au rapport, un porte-parole de l'armée américaine à Bagdad a déclaré que les forces de la coalition, dirigées par les Etats-Unis, avaient fait de leur mieux pour préserver Babylone.
"Il n'y a pas de solution miracle. Nous faisons ce que l'on peut pour protéger le site et nous continuons de faire ainsi", a indiqué à l'AFP le lieutenant colonel Steve Boylan.
L'officier américain a en outre précisé que tous les travaux de construction à Babylone avaient été gelés depuis juin 2004 suite aux craintes d'endommagements des joyaux archéologiques.
"Il est regrettable qu'un camp militaire de cette taille ait été installé" sur ce site, a ajouté M. Curtis, estimant toutefois qu'une présence militaire pouvait être utile dans l'immédiat après-guerre, en raison des pillages du patrimoine archéologique irakien.
Le camp militaire, créé par les Américains en avril 2003 puis remis aux Polonais en septembre de la même année, a, selon lui, abrité jusqu'à 2.000 soldats. Le site devait cependant être rendu ce samedi au Bureau national irakien des Antiquités.
En raison de la présence des militaires, John Curtis a pu observer que "plusieurs zones autour du site avaient été couvertes de gravier, parfois compacté et traité chimiquement, afin d'être utilisé comme héliport et pour créer des espaces pour les parcs de véhicules".
En conséquence, "le site va à présent être contaminé" pour les recherches archéologiques futures, indique-t-il.
Les véhicules militaires ont également provoqué des pollutions aux hydrocarbures qui "auront probablement des effets délétères sur les couches archéologiques" sous terre.
Dans son inventaire, John Curtis ajoute avoir observé "des dégâts sur neuf des figures de dragons moulées sur la Porte Ishtar". "Des parties du toit (reconstruit) du temple de Ninmah se sont également effondrées", selon lui.
Enfin, du sable mélangé à des fragments archéologiques a servi à remplir les sacs de sable destinés à la protection des positions militaires.Mais lorsque ces pratiques ont cessé, les soldats ont amené du sable provenant d'autres régions du pays, "contaminant irrévocablement" le site pour les générations à venir d'archéologistes.
Dans son rapport, John Curtis appelle à une mission d'enquête internationale regroupant des archéologues choisis par les Irakiens, pour dresser l'inventaire des dégâts infligés au site de Babylone.
Il recommande aussi que le gouvernement irakien propose de façon urgente que la cité soit incluse dans le patrimoine mondial de l'Unesco (organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) afin d'être protégée et préservée.

08:18 Écrit par d | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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